Cancritude : filles et garçons ?

Les cancres

À lire les articles de journaux, à écouter les témoignages, il semblerait que la “cancritude” concerne les garçons et eux uniquement. Parmi les cas célèbres, on trouve Gustave Flaubert, Winston Churchill, Jean Cocteau qui fut renvoyé deux fois du lycée et n’eut jamais son bac malgré plusieurs tentatives, André Malraux mauvais en maths et physique, qui quitta le lycée avant la fin de ses études, et Albert Einstein qui peina à apprendre à lire, eut des difficultés dans son parcours scolaire, malgré d’excellents résultats en maths, rata des examens, incapable de travailler comme on le lui demandait : écouter les cours, prendre des notes, apprendre ses leçons, tout travail excluant le fait de pouvoir penser par soi-même. Et pourtant quelle vie que la leur!

Les témoignages récents proviennent également d’hommes, dont le plus médiatisé est sûrement Daniel Pennac. Mais, qu’en est-il des femmes? Sont-elles épargnées génétiquement par ce mal ? Ou leur rôle dans la société qui leur incombe encore actuellement, s’occuper des enfants, de la maison, fait qu’une fille peinant à l’école est vécu comme moins dévalorisant, moins préoccupant, en raison même de ce qui l’attend une fois devenue adulte? Ou encore, est-il vrai que les filles cancres sont bien moins nombreuses que les garçons tout simplement parce que les attentes à leur égard les font plus sages, plus appliquées, et qu’elles adoptent des comportements et des aptitudes scolaires conformes à leur sexe ?

 

Existent-il des différences entre les garçons et les filles dans le “métier” d’élève ?

Il est un fait avéré par toutes les statistiques : les filles seraient plus scolaires, plus performantes. Mais, la génétique n’y est pour rien. L’explication est à trouver dans l’éducation. Très jeunes, les filles adoptent un comportement dicté par la société, encouragé par les parents : elles sont patientes, appliquées, raisonnables. Quant aux garçons, ils obéissent aussi a un stéréotype selon lequel, ils sont forts, actifs, indépendants, bruyants, désordonnés. Etant sérieuses, les filles réussissent mieux à l’école, redoublent moins, ont davantage de mentions au bac. Elles ont de meilleurs résultats en français, les garçons les ont en maths. Mais, elles sont plus studieuses, les garçons à l’adolescence passent en moyenne une heure de moins qu’elles à leur travail/maison. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elles soient de meilleures élèves.

Néanmoins, la différence n’est pas telle, qu’elle expliquerait le masculin associé au mot cancre, qu’on identifierait celui-ci par la représentation d’un garçon.

 

Chercher les cancres/garçons dans les niveaux les plus faibles

Quand on s’intéresse aux niveaux les plus faibles, on y trouve une majorité de garçons. Ainsi en 2009, un sur quatre n’avait pas la compétence minimum en lecture pour réussir son parcours scolaire *. Or une bonne compréhension de l’écrit est nécessaire non seulement en français mais dans toutes les autres matières. Dans les classes et ateliers relais qui reçoivent les adolescents en rejet de l’institution scolaire, plus de quatre élèves sur cinq sont des garçons. Et cela, nous l’observons au cabinet depuis des années : les enfants, les adolescents en grande difficulté dans leurs études, ou souffrant de phobie scolaire, ou encore présentant des comportements difficilement compatibles avec la vie de la classe, sont pour la plupart des garçons.

Ainsi, il semblerait bien qu’il y ait davantage de garçons en souffrance scolaire que de filles.  Oui, en souffrance. Car peu de cancres sont heureux. Certains disent rêver en cours, d’autres ont des passions qui les protègent ( un sport ou la musique qu’ils pratiquent). Mais pas tous. Et l’inquiétude des parents, les clashes dès qu’ils évoquent leur travail, leurs notes ;  l’impression, pour beaucoup, de ne rien comprendre en classe ; l’ennui profond pour d’autres pendant les cours ; les dissimulations, les mensonges , les fausses excuses ; tout cela génère de la honte, de la douleur. Car tous les enfants, quel que soit leur âge, aimeraient réussir.

 

Pourquoi un garçon devient-il cancre ?

On peut lire dans le rapport de l’OCDE 2013 que pour de nombreux garçons, il n’est pas cool de réussir à l’école. Ils se doivent de montrer leur désintérêt pour le travail scolaire. Ils se conforment à un modèle masculin véhiculant entre autre le rejet de l’autorité. Pour eux, s’ils veulent s’affirmer, il n’est pas acceptable de réussir dans le cadre institutionnel. Cela je l’observe souvent chez les adolescents, même les pré-adolescents, amenés en consultation. Ils ont en tête une idée de ce que doit être un homme. Ils cherchent à affirmer leur masculinité qu’ils confondent avec la virilité. Ils enfreignent les règles, se montrent insolents, revendiquent le fait de “s’en foutre”. Et parfois, être un cancre, à défaut d’autre chose, leur sert à se construire une identité.

D’autres raisons peuvent être à l’origine de grosses difficultés quand arrive l’adolescence, et que le garçon à la scolarité passable jusque-là se trouve submergé par des ressentis flous et violents. Qui suis-je ? devient la question essentielle. Comme il ne peut y répondre seul, il est déstabilisé, et se raccroche à ses pairs. Sa vie sociale à l’école et à l’extérieur prend alors le pas sur l’apprentissage. Le garçon perd pied. Ses bases ne sont pas assez solides pour lui permettre de naviguer à vue. Il s’enlise dans les échecs, les leçons non apprises, les devoirs bâclés ( quand ils sont faits).

Il y a aussi l’enfant qui n’entre pas dans le moule scolaire, ne s’adapte pas à la forme d’enseignement. Il n’arrive pas à exprimer son potentiel, sa personnalité, il ne trouve pas d’espace où exprimer une pensée personnelle et abandonne.

Et puis il y a les explications inhérentes à chacun. Un démarrage raté dans l’apprentissage de la lecture en CP du à une mauvaise méthode ; une difficulté relationnelle avec l’enseignant ; le divorce des parents ; un deuil ; un harcèlement qui perdure dans le temps ; un trouble cognitif non détecté à temps alors qu’il était “réparable” ; deux ou trois échecs entraînant une perte de confiance en soi, la mésestime des parents, et au final l’installation dans un immobilisme intellectuel, etc. Les causes sont nombreuses.

Quel que soit la raison à la “cancritude”, il y a de la souffrance quand on n’arrive pas à travailler, qu’on ne peut pas, quand on en arrive même à s’y refuser.

  • Les inégalités à l’école, rapport du Conseil économique social et environnemental (2011)

 

Un résultat étonnant

Des chercheurs en psychologie ** ont mené des expériences dont les résultats sont particulièrement intéressants quant à la croyance des filles et des garçons sur leur capacité en géométrie. Ils ont donné à regarder, à des centaines de collégiens, une figure  complexe. Quelques minutes plus tard, ils devaient la reproduire de mémoire.

À certains, cet exercice était proposé comme un travail de dessin, à d’autres comme un exercice de géométrie.

Les filles mémorisent et reproduisent bien mieux la figure quand elles pensent qu’il s’agit d’un simple dessin. A l’inverse des garçons, dont les performances sont meilleures quand la tâche leur est présentée comme un exercice mathématique et non comme un  dessin à reproduire.

Si l’on compare les résultats des filles et des garçons dans le cas de l’exercice/dessin, ceux des filles sont meilleurs. Par contre, les garçons se montrent plus performants que les filles dans l’exercice/géométrie.

Tout se passe comme si les filles avaient intégré le fait qu’elles ne sont pas bonnes en géométrie, domaine des garçons. Quant à ceux-ci, ils ne se laissent pas intimidés par une figure géométrique, les mathématique étant bien installées dans leur tête comme étant une affaire de garçons.

** (Huguet et Régner 2005) (Neuville et Croizet, 2005)

“Le beau métier de parent”

“Le beau métier de parent”

Depuis trente ans, nous recevons des enfants et des adolescents en difficulté scolaire, nous recevons les parents qui expriment leur inquiétude, voire leur souffrance, face à leur enfant qu’ils ne savent comment aider. Il dit ” À quoi ça sert d’apprendre ? “. Et l’adulte, confronté à cette question, ne sait l’éclairer sur son présent, sur son travail, sur la promesse de la société qu’un futur est possible pour lui. Il craint de ne pas savoir s’y prendre.

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Nouvelle édition de Que se passe-t-il dans la tête de votre enfant ? disponible

Nouvelle édition de Que se passe-t-il dans la tête de votre enfant ? disponible

Mes nombreux échecs à l’école avaient forgé une certitude inébranlable : j’étais un enfant/problème, un mauvais élève, un agité qui avait du mal à comprendre. On dirait, de nos jours, “un hyperactif avec déficit attentionnel”.

Personne ne m’avait dit que l’émotion, la peur permanente de l’échec bloquaient ma pensée et m’empêchaient, par là même, de restituer ce que j’avais mémorisé grâce à un méchant par cœur. Personne n’avait mis en évidence mes qualités quand il m’arrivait de réussir, ce qui m’aurait permis de transférer cette réussite dans les domaines où j’étais en échec.

Aujourd’hui, quand je reçois un enfant qui se croit nul ou qui est catalogué comme cancre, je ne commence jamais l’entretien en évoquant ses difficultés. Qu’il soit fâché avec l’orthographe ou que les maths le terrifient ne me donne aucune information exploitable pour le tirer d’affaire. Je cherche plutôt à mettre en évidence comment ça marche quand ça marche bien. J’analyse l’activité qui lui donne du plaisir, qui l’amène à la réussite, je cherche la place de son affectivité et de sa motivation.

Ce livre d’Alain Sotto décrit le cerveau conscient de l’enfant dont on découvre chaque jour les immenses possibilités. Celles-ci devront s’exprimer dans l’école du futur à travers la transmission de méthodes permettant à l’enfant de comprendre et d’agir par lui-même sur son attention. De même pour mémoriser, réfléchir, imaginer, facultés indispensables à l’épanouissement d’une pensée construite, utilisable. Cette pensée n’est ni décrite ni entraînée à l’école. Elle est laissée aux soins des parents. Pourtant, elle seule peut lier les connaissances et les expériences acquises pour des actions toujours plus efficaces.

Ce livre, nourri d’exemples concrets et de méthodes accessibles, est destiné aux parents et à tous ceux qui sont attentifs au développement harmonieux des enfants.

À ces adultes qui croient que progresser est toujours possible et que les moyens d’y parvenir sont chaque jour à conquérir.

Alexandre : « J’ai appris à apprendre »

Alexandre : « J’ai appris à apprendre »

Le magazine CLÉS propose dans son dernier numéro (96) un focus consacré à la mémoire intitulé « La mémoire est-elle encore utile ? ». Alexandre, étudiant en médecine, explique la procédure d’apprentissage qu’il a découverte auprès d’Alain Sotto :

J’ai une bonne mémoire : jusqu’au bac, je n’ai jamais eu à plancher des heures pour retenir mes cours. Si j’ai voulu me faire aider en première année de médecine, c’est que la masse d’informations à retenir m’a soudain paniqué. J’ai alors consulté le psychopédagogue Alain Sotto. Son point fort a été de me faire comprendre que nous avons besoin d’une procédure. Ça se déroule en trois temps :

  1. La concentration. Notre mémoire à deux moteurs l’attention et l’émotion – nous retenons ce qui nous émeut et ce sur quoi nous nous concentrons. Mais dans le cadre des études, l’émotion (amoureuse par exemple) a plutôt tendance à nous distraire ; si elle s’apparente à l’anxiété, la mémorisation devient même impossible. La solution : revenir à l’ici et maintenant, se focaliser sur le présent. C’est pourquoi certains conseillent la méditation aux étudiants.
  2. La visualisation. Notre mémoire retient volontiers les images. Pour se souvenir des mots, des dates, des concepts, des théorèmes, une bonne méthode consiste à les associer à une suite d’images et à monter l’ensemble comme un film. Retenir une information revient alors à visualiser la partie du film qui lui est associée. Et pour que l’ancrage soit plus sûr, il faut décrire ces images avec des mots, comme pour raconter une histoire.
  3. Le projet. C’est l’ultime secret : pour être retenue, une information a besoin de s’inscrire dans un projet. Un entant risque fort d’oublier l’orthographe d’un mot dont il ignore dans quel contexte il pourra l’utiliser. Pour l’étudiant en médecine que je suis, se projeter dans l’avenir n’est pas difficile. Mais on peut viser moins loin pour se rappeler une histoire drôle, par exemple, on peut s’imaginer en train de la raconter à des amis qui rient aux éclats. La boucle mémorielle est alors assurée.

Aujourd’hui, au terme de ma troisième année de médecine, cette approche me sert toujours. Pas question de me soumettre au régime autodestructeur de tant de mes condisciples ! Je m’applique juste à travailler efficacement. Et je n’ai jamais raté un examen. Mieux : plus confiant en mes capacités, j’ai récemment décidé de m’accorder une annee sabbatique à Budapest, pour me consacrer à la musique.

Extrait de CLÉS Magazine, propos recueillis par Stéphanie Torre