Le caprice, essentiel à la construction de la personnalité

Le caprice a une mauvaise réputation. Dans son sens premier, c’est une volonté subite et passagère qui vient sans aucune raison. Or le petit qui fait un caprice a ses raisons. C’est le seul moyen qu’il possède de dire son désir contrarié, sa frustration, sa colère, sa peur, ses angoisses. Le caprice est inhérent à la construction de sa personnalité parce qu’il le place face aux contraintes du réel, le confronte au désir de l’autre. Il exprime des désirs ou des refus, et ce sont les échos reçus en retour qui le forment en tant qu’être autonome et pensant.

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Votre enfant est-il autonome ?

Nombreux sont les parents à évoquer le manque d’autonomie de leur enfant, mais tout autant d’enfants à se plaindre que leurs parents ne leur font pas assez confiance, et qu’ils vérifient tout, leur messagerie Internet, leur cahier de texte, leur emploi du temps, et même pour les plus jeunes le contenu du cartable. Parfois, dans une famille, ce sont des reproches croisés. Au cours d’un entretien, la mère se plaint du manque d’autonomie de son pré-ado qui réplique aussitôt qu’on ne lui laisse rien faire tout seul, qu’on ne le laisse pas respirer.

L’autonomie affective se conquiert peu à peu. Mais elle n’est pas du seul fait de l’enfant. C’est très tôt qu’elle doit être initiée par les parents. Ils l’encouragent malgré leur désir inconscient qu’il ne se sépare pas d’eux. Alors, progressivement il peut se dégager. Il est libre dans sa tête et non en quête permanente de reconnaissance. L’en empêcher, c’est au risque que l’enfant, puis l’adolescent et l’adulte qu’il devient, soient profondément marqués par une estime de soi défaillante.

L’autonomie intellectuelle, c’est pour le grand enfant penser par lui-même, avoir intériorisé des règles sociales et familiales, des valeurs, n’être pas dépendant de l’aide des adultes, être capable de décider seul, d’anticiper et d’assumer les conséquences de ses actes. Pour en arriver là, les parents l’incitent dès le plus jeune âge à faire ses premiers pas, à s’éloigner, à évoluer librement afin de découvrir ce qui l’entoure. Ils le laissent faire ses expériences. Un jour, l’enfant devenu écolier prend des initiatives sous leur regard vigilant et sécurisant. Il s’affirme, demande de l’aide à bon escient mais n’en est pas dépendant. Il sait faire des choix et se créer les moyens de parvenir à ses buts. Il sait s’adapter, agir seul ou avec d’autres, interagir.

 

De nombreux parents lient à tort l’autonomie au laisser-faire, d’autres surprotègent jusque tard leur enfant. Or la revendication d’indépendance (horaires, sorties..) se manifeste dès la puberté, d’autant plus forte qu’elle a été étouffée jusque-là. Pour le travail scolaire, c’est la volonté de faire “loin” des parents. Alors les négociations sont douloureuses, car il s’agit d’un désir qui n’est pas en phase avec ce que les parents pensent de leur enfant quant à ses possibilités d’agir seul et de prendre ses responsabilités.

Cette indépendance désirée est loin de l’autonomie.  Ces enfants ne sont pas concernés par leur propre construction intellectuelle. Ils restent dans une position d’assistanat : ils ne savent pas mener un travail de recherche personnel. Ils ne savent pas apprendre seuls. Ils ne savent pas penser seuls. Ils savent des choses, mais ne savent pas réfléchir, ni agir sans qu’on leur ait dit comment.

 

Apprends-moi à faire tout seul, disait Maria Montessori.  Mais comment apprend-on à l’enfant å faire tout seul ?  On agit devant lui.  On lui montre l’exemple. On encourage sa curiosité intellectuelle, l’esprit critique (qui permet la réflexion) On le soutient d’un regard bienveillant dans ses essais, ses erreurs, on le responsabilise peu à peu. Il suffit aussi d’avoir de l’intérêt moins pour le fait qu’il ait réussi ou non, mais pour ce qu’il a pensé, la façon dont il est parvenu à faire quelque chose. On respecte ses mouvements de pensée, on favorise les prises de risque, l’imagination. On prend le temps de l’accompagner.

C’est la liberté qui lui est donnée de découvrir par soi-même, de faire à sa manière, de n’avoir pas peur de se tromper qui permet à l’enfant de renforcer sa confiance en soi, de grandir. D’être autonome et heureux de l’être.

Alain Sotto et Varinia Oberto

Auteurs de « Le beau métier de parent » Hugo Doc 2016.

Cancritude : filles et garçons ?

Les cancres

À lire les articles de journaux, à écouter les témoignages, il semblerait que la “cancritude” concerne les garçons et eux uniquement. Parmi les cas célèbres, on trouve Gustave Flaubert, Winston Churchill, Jean Cocteau qui fut renvoyé deux fois du lycée et n’eut jamais son bac malgré plusieurs tentatives, André Malraux mauvais en maths et physique, qui quitta le lycée avant la fin de ses études, et Albert Einstein qui peina à apprendre à lire, eut des difficultés dans son parcours scolaire, malgré d’excellents résultats en maths, rata des examens, incapable de travailler comme on le lui demandait : écouter les cours, prendre des notes, apprendre ses leçons, tout travail excluant le fait de pouvoir penser par soi-même. Et pourtant quelle vie que la leur!

Les témoignages récents proviennent également d’hommes, dont le plus médiatisé est sûrement Daniel Pennac. Mais, qu’en est-il des femmes? Sont-elles épargnées génétiquement par ce mal ? Ou leur rôle dans la société qui leur incombe encore actuellement, s’occuper des enfants, de la maison, fait qu’une fille peinant à l’école est vécu comme moins dévalorisant, moins préoccupant, en raison même de ce qui l’attend une fois devenue adulte? Ou encore, est-il vrai que les filles cancres sont bien moins nombreuses que les garçons tout simplement parce que les attentes à leur égard les font plus sages, plus appliquées, et qu’elles adoptent des comportements et des aptitudes scolaires conformes à leur sexe ?

 

Existent-il des différences entre les garçons et les filles dans le “métier” d’élève ?

Il est un fait avéré par toutes les statistiques : les filles seraient plus scolaires, plus performantes. Mais, la génétique n’y est pour rien. L’explication est à trouver dans l’éducation. Très jeunes, les filles adoptent un comportement dicté par la société, encouragé par les parents : elles sont patientes, appliquées, raisonnables. Quant aux garçons, ils obéissent aussi a un stéréotype selon lequel, ils sont forts, actifs, indépendants, bruyants, désordonnés. Etant sérieuses, les filles réussissent mieux à l’école, redoublent moins, ont davantage de mentions au bac. Elles ont de meilleurs résultats en français, les garçons les ont en maths. Mais, elles sont plus studieuses, les garçons à l’adolescence passent en moyenne une heure de moins qu’elles à leur travail/maison. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elles soient de meilleures élèves.

Néanmoins, la différence n’est pas telle, qu’elle expliquerait le masculin associé au mot cancre, qu’on identifierait celui-ci par la représentation d’un garçon.

 

Chercher les cancres/garçons dans les niveaux les plus faibles

Quand on s’intéresse aux niveaux les plus faibles, on y trouve une majorité de garçons. Ainsi en 2009, un sur quatre n’avait pas la compétence minimum en lecture pour réussir son parcours scolaire *. Or une bonne compréhension de l’écrit est nécessaire non seulement en français mais dans toutes les autres matières. Dans les classes et ateliers relais qui reçoivent les adolescents en rejet de l’institution scolaire, plus de quatre élèves sur cinq sont des garçons. Et cela, nous l’observons au cabinet depuis des années : les enfants, les adolescents en grande difficulté dans leurs études, ou souffrant de phobie scolaire, ou encore présentant des comportements difficilement compatibles avec la vie de la classe, sont pour la plupart des garçons.

Ainsi, il semblerait bien qu’il y ait davantage de garçons en souffrance scolaire que de filles.  Oui, en souffrance. Car peu de cancres sont heureux. Certains disent rêver en cours, d’autres ont des passions qui les protègent ( un sport ou la musique qu’ils pratiquent). Mais pas tous. Et l’inquiétude des parents, les clashes dès qu’ils évoquent leur travail, leurs notes ;  l’impression, pour beaucoup, de ne rien comprendre en classe ; l’ennui profond pour d’autres pendant les cours ; les dissimulations, les mensonges , les fausses excuses ; tout cela génère de la honte, de la douleur. Car tous les enfants, quel que soit leur âge, aimeraient réussir.

 

Pourquoi un garçon devient-il cancre ?

On peut lire dans le rapport de l’OCDE 2013 que pour de nombreux garçons, il n’est pas cool de réussir à l’école. Ils se doivent de montrer leur désintérêt pour le travail scolaire. Ils se conforment à un modèle masculin véhiculant entre autre le rejet de l’autorité. Pour eux, s’ils veulent s’affirmer, il n’est pas acceptable de réussir dans le cadre institutionnel. Cela je l’observe souvent chez les adolescents, même les pré-adolescents, amenés en consultation. Ils ont en tête une idée de ce que doit être un homme. Ils cherchent à affirmer leur masculinité qu’ils confondent avec la virilité. Ils enfreignent les règles, se montrent insolents, revendiquent le fait de “s’en foutre”. Et parfois, être un cancre, à défaut d’autre chose, leur sert à se construire une identité.

D’autres raisons peuvent être à l’origine de grosses difficultés quand arrive l’adolescence, et que le garçon à la scolarité passable jusque-là se trouve submergé par des ressentis flous et violents. Qui suis-je ? devient la question essentielle. Comme il ne peut y répondre seul, il est déstabilisé, et se raccroche à ses pairs. Sa vie sociale à l’école et à l’extérieur prend alors le pas sur l’apprentissage. Le garçon perd pied. Ses bases ne sont pas assez solides pour lui permettre de naviguer à vue. Il s’enlise dans les échecs, les leçons non apprises, les devoirs bâclés ( quand ils sont faits).

Il y a aussi l’enfant qui n’entre pas dans le moule scolaire, ne s’adapte pas à la forme d’enseignement. Il n’arrive pas à exprimer son potentiel, sa personnalité, il ne trouve pas d’espace où exprimer une pensée personnelle et abandonne.

Et puis il y a les explications inhérentes à chacun. Un démarrage raté dans l’apprentissage de la lecture en CP du à une mauvaise méthode ; une difficulté relationnelle avec l’enseignant ; le divorce des parents ; un deuil ; un harcèlement qui perdure dans le temps ; un trouble cognitif non détecté à temps alors qu’il était “réparable” ; deux ou trois échecs entraînant une perte de confiance en soi, la mésestime des parents, et au final l’installation dans un immobilisme intellectuel, etc. Les causes sont nombreuses.

Quel que soit la raison à la “cancritude”, il y a de la souffrance quand on n’arrive pas à travailler, qu’on ne peut pas, quand on en arrive même à s’y refuser.

  • Les inégalités à l’école, rapport du Conseil économique social et environnemental (2011)

 

Un résultat étonnant

Des chercheurs en psychologie ** ont mené des expériences dont les résultats sont particulièrement intéressants quant à la croyance des filles et des garçons sur leur capacité en géométrie. Ils ont donné à regarder, à des centaines de collégiens, une figure  complexe. Quelques minutes plus tard, ils devaient la reproduire de mémoire.

À certains, cet exercice était proposé comme un travail de dessin, à d’autres comme un exercice de géométrie.

Les filles mémorisent et reproduisent bien mieux la figure quand elles pensent qu’il s’agit d’un simple dessin. A l’inverse des garçons, dont les performances sont meilleures quand la tâche leur est présentée comme un exercice mathématique et non comme un  dessin à reproduire.

Si l’on compare les résultats des filles et des garçons dans le cas de l’exercice/dessin, ceux des filles sont meilleurs. Par contre, les garçons se montrent plus performants que les filles dans l’exercice/géométrie.

Tout se passe comme si les filles avaient intégré le fait qu’elles ne sont pas bonnes en géométrie, domaine des garçons. Quant à ceux-ci, ils ne se laissent pas intimidés par une figure géométrique, les mathématique étant bien installées dans leur tête comme étant une affaire de garçons.

** (Huguet et Régner 2005) (Neuville et Croizet, 2005)