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Article du Vendredi 23 novembre 2007 sur http://www.vousnousils.fr/

Alain Sotto : « le cancre a les outils à sa disposition, sauf qu’il ne sait pas les transférer dans les apprentissages scolaires »

Tripler sa première n’a pas empêché Alain Sotto1 de devenir psychopédagogue. Parce qu’il a fait partie des cancres, il leur a dédié un site truffé de techniques éprouvées pour les mener à la réussite. Cet ancien formateur voudrait y associer les professeurs pour lutter ensemble contre l’échec scolaire. Explications.

Quelle est l’ambition du site cancres.com ?

Destiné principalement aux enfants et aux parents, ce site a pour vocation première d’initier à la connaissance de soi. En effet, apprendre à apprendre n’a de sens que si on a, au préalable, pris conscience des stratégies personnelles mises en œuvre lors des apprentissages. Concrètement, on s’aperçoit que quand on demande à un élève d’être attentif, celui-ci est plus sensible à l’injonction « je dois être attentif « , sur laquelle il se concentre, qu’à être vraiment attentif. Autrement dit, il est important de nommer tout ce qui perturbe l’attention (émotions, rêveries, paroles intérieures…) et de décrire la bonne posture d’écoute et de concentration.

En quoi ce site peut-il concrètement aider les enseignants ?

Au fil du temps, nous avons accumulé des fiches pratiques et des modes d’emploi pour chaque discipline ou chaque domaine de l’activité mentale liée au travail scolaire. Exemple, pour apprendre à réaliser une tâche, on recommande de présenter d’abord les moyens pour l’accomplir avant de passer à sa réalisation. Ensuite, on ouvre un dialogue pédagogique, où chacun décrit comment il a procédé pour la réaliser. Ainsi, ceux qui ont le mieux réussi exposent aux autres leur stratégie. Le savoir-faire est donc mutualisé. A terme, nous souhaiterions que ce site devienne un lieu d’échanges qui accueillerait aussi les contributions des professeurs.

Si ces méthodes sont reconnues et fiables, pourquoi y a-t-il encore des cancres en classe ?

J’ai formé pendant douze ans des enseignants, et ces techniques simples sont minoritaires à l’école. Pourquoi ? Parce qu’elles sont exclues de leur formation. Il est vrai que cette pédagogie des moyens d’apprendre est une matière nouvelle qui demande de se former à la psychologie des connaissances, à la dynamique de groupe et au dialogue pédagogique. C’est pourquoi, je plaide (en rêvant à voix haute !) pour que les enseignants travaillent le matin en classe et consacrent leur après-midi à se former, individuellement et en équipe. Car, pour que cela fonctionne, il est indispensable que toute l’équipe enseignante s’en saisisse.

Sur votre site, vous insistez sur le fait que vous-même avez été cancre. Faut-il avoir été cancre pour aider les cancres ?

Effectivement, lorsque je vois un enfant qui ressent ce que j’ai moi-même ressenti quand je ne comprenais rien, je me sens proche de lui. Je ne dis pas pour autant que tous les enseignants doivent avoir été cancres pour être de bons pédagogues. Mais un professeur au parcours atypique aura peut-être plus de facilité à voir dans le cancre un être qui souffre et non un paresseux. Il sera peut-être plus à même de valoriser et d’exploiter ce qu’un enfant sait faire. Ainsi, quand je vois un mauvais élève réussir un jeu vidéo, je sais qu’il a été attentif, concentré et qu’il a su établir des stratégies efficaces pour résoudre les problèmes. Il a donc des outils performants à sa disposition, mais ne sait pas les utiliser dans les apprentissages scolaires. Or, c’est cela qu’il faut transmettre : apprendre à transférer les outils, et aussi à décloisonner les connaissances.

Votre site a fait récemment l’actualité, alors qu’il existe depuis huit ans. Le dernier ouvrage de Daniel Pennac3 où il évoque sa scolarité de cancre a été un succès. Comment expliquez-vous que ce discours, selon lequel derrière tout cancre se cache un brillant élève, se multiplie ces derniers temps ?

Je ne me l’explique pas vraiment. Mais je crois qu’un mauvais élève est marqué à vie. Parce qu’en le traitant de cancre, on l’enfonce et on le conforte dans cette idée. Blessé, il s’identifie à ce statut, ce qui renforce son blocage. Il est temps de changer de discours. Il faudrait s’intéresser davantage à l’enfant plutôt que de s’évertuer à lui imposer le programme de l’année. S’intéresser, avec le même regard, à celui qui réussit et à celui en souffrance scolaire.

 

Propos recueillis par Lise Bollot

 

(1) Alain Sotto est aussi président de l’Association de recherches en neuropédagogie (ARN) et co-auteur de nombreux ouvrages sur la pédagogie de la réussite scolaire. Le dernier en date : « Aidez votre enfant à réussir », Ed Hachette Education, 2006.

(2) www.cancres.com (3) « Chagrin d’école », Ed Gallimard 2007, vient de recevoir le prix Renaudot 2007.

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