L’année qui vient…. (paru dans l’Obs Plus)

1er septembre, voilà qu’une nouvelle année commence pour 12 millions d’élèves. Ils vont vivre la rentrée avec un sentiment mitigé, excitation et appréhension. Comme à chaque fois, elle s’accompagne de nostalgie, d’un peu d’appréhension, mais aussi souvent du plaisir de revoir les copains d’école, et même pour certains chanceux, celui de retrouver la classe, le travail qui leur renvoie une bonne image d’eux-mêmes.
Cette rentrée est celle des parents également, et elle est aussi stressante que pour leur enfant. Comment Féodor va s’en sortir maintenant qu’il entre au collège ? Parviendra-t-il enfin à être autonome ? Emilie acquerra-t-elle cette année le sens des maths ? Comment Elias abordera-t-il son entrée au C.P, lui qui est encore petit, parce qu’à tout juste six ans, on a encore besoin de jouer, de courir et de ne pas rester assis sur une chaise toute la journée ? L’inquiétude des parents, même si elle n’est pas exprimée, est ressentie par l’enfant, ce qui n’est pas vraiment favorable pour un bon démarrage. De plus, cette inquiétude est souvent amplifiée par des diagnostics, étiquettes et jugements (lent, pas mûr, agité..) qui dégradent l’image de soi.
Aussi, l’enfant a besoin du soutien inconditionnel de ses parents, et par soutien, je veux dire qu’ils mettent en avant ses réussites, plutôt que pointer ses erreurs, reconnaissent ses efforts, expriment leur confiance en ses capacités, montre calme et plaisir quand ils travaillent avec lui. Ils s’intéressent aussi à ce qu’il aime, ce qu’il fait, et pas seulement à son travail scolaire. Ils lui apprennent à regarder, écouter, à être curieux, à réfléchir, car il n’y a pas une seule façon de penser, celle qu’on enseigne à l’école. Ils reconnaissent ses efforts, sa persévérance, et parce que ces mouvements ne sont pas enseignés, les parents l’aident à les acquérir en prêtant attention davantage à la qualité du travail qui a mené au résultat qu’à celui-ci. Je reconnais très vite les enfants stressés parce que préoccupés par les notes tout le long de l’année. Ainsi, Antoine qui pensait qu’elles l’évaluaient, lui, et non le résultat d’un travail à un moment donné de l’apprentissage. Chaque devoir, chaque contrôle le mettait dans de tels états qu’il ne les réussissait pas, et qu’il pensait alors qu’on ne pouvait l’aimer puisque ses notes étaient en-dessous de la moyenne.
Il importe que les parents, au sortir de l’école, accueillent leur enfant et lui fassent une place dans le présent. Bien entendu s’il veut exprimer ses ressentis, ce qu’il a vécu en classe, ils l’écoutent avec un réel intérêt. Mais ils ne l’incitent pas systématiquement à retourner dans le passé en lui posant des questions pour qu’il raconte sa journée. Ils passent du temps avec lui, partagent du présent, un vrai présent. C’est-à-dire, ils sont avec lui sans que leurs pensées soient prises par le scolaire ou dérivent ailleurs. A trop vouloir tout maîtriser, on a tendance à passer moins de temps avec son enfant qu’avec son élève/enfant. C’est ce dont se plaignent de très nombreux enfants, telle Sandra, toute jeune adolescente, qui s’enfermait dans sa chambre, pour éviter de parler à sa mère. « Une seule chose l’intéresse : l’école, disait-elle. Et moi, dans tout ça ? ».
Les parents sont des modèles, tout du moins jusqu’à ce qu’arrive l’adolescence. Aussi, c’est à travers les activités qu’ils aiment, ou leur travail, qu’ils peuvent lui apprendre l’exigence, sans laquelle aucun vrai apprentissage ne se fait. Ils peuvent aussi lui montrer le plaisir que donne l’effort. Mathieu a surpassé les difficultés qu’il avait en mathématiques grâce à son père avec qui il jouait aux échecs. « Il m’a appris à ne jamais m’avouer vaincu d’avance, à ne pas me laisser aller à la facilité et pour cela à me concentrer, à mémoriser des coups gagnants. » Léa a toujours connu sa mère reprenant sans fin les morceaux de piano qu’elle étudiait : « Quand je réussis quelque chose de difficile, je pense toujours à elle. »

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